Les «feuilles» de Blaise Cendrars

 

Feuillages De Pieri

 

Cendrars est probablement le poète-voyageur par excellence. Qu’il soit le flâneur de la ville moderne comme dans ses grands poèmes, notamment Les Pâques à New York et Au cœur du monde, ou l’aventurier qui se révèle dans La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France et dans les recueils Documentaires et Feuilles de route, c’est toujours le thème de l’errance qui traverse les textes.

Si dans les paysages urbains le poète ne croise pas nécessairement la nature végétale, et aussi animale, il ne peut aisément l’éviter dans les lieux géographiques où la trace humaine - surtout celle de l’homme moderne - est plus faible, voire totalement absente, et la nature, avec ses forces, domine. C’est en particulier dans le recueil Feuilles de route (1924), sorte de narration de son premier voyage en Brésil, que la nature et donc le végétal deviennent un élément inévitable avec lequel le poète doit se confronter. En se focalisant surtout sur ce dernier recueil, et à l’aide aussi d’autres textes poétiques et en prose, cette contribution met en évidence de quelle manière Cendrars se rapporte au végétal et l’écrit. En effet, au cours de son œuvre, il manifeste une même attitude devant la nature: l’écrivain est atteint par un sentiment de difficulté, voire de véritable malaise. Et à partir des vers de La Prose du Transsibérien, «Les vitres sont givrées / Pas de nature!», Cendrars semble vouloir bannir et écarter la nature et le végétal de sa vue.

Deux «itinéraires» seront parcourus. D’une part, il s’agit d’analyser comment le poète se réfère dans les poèmes au végétal en tant que réalité concrète: un végétal souvent menaçant, animé (anthropomorphe et zoomorphe) et qui entre en conflit avec la culture et la technologie, l’artificiel créé par la raison humaine. D’autre part, il s’agit de souligner comment la façon d’écrire le végétal est parallèle et comparable à la conception cendrarienne de la poésie qui se précise au cours de sa production poétique. De même qu’à la contemplation ravie d’un paysage sauvage et mystique se substitue le regard rationnel du scientifique qui se pose sur les plantes inconnues, à une poésie lyrique se substitue une poésie anti-lyrique caractérisée par le collage, la narration, la description et la notation dans un style presque prosaïque.

D’ailleurs Feuilles de route est le dernier recueil poétique de Cendrars avant que l’écrivain ne passe, presque définitivement, à la prose. Et le voyage qui rythme le recueil acquiert symboliquement la valeur d’un adieu à son passé poétique où les «feuilles» deviennent des véritable lettres d’un dialogue entre Cendrars et les autres poètes de l’avant-garde et de la modernité.

 

Mots-clés: Cendrars, Texte poétique, Littérature suisse

 

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